La greffe en couronne est généralement utilisée pour greffer des sujets dont le diamètre est conséquent. Elle permet par exemple de surgreffer un arbre dont la variété est peu satisfaisante. Cette technique se pratique généralement sur les fruitiers à pépins mais aussi sur les cerisiers et les pruniers.

Matériel nécessaire
Il est nécessaire d’avoir :
– Un greffoir (1) propre et tranchant muni d’une spatule en laiton pour décoller l’écorce sans abîmer les tissus. Il faudra prendre soin de le désinfecter en amont pour éviter toute transmission de maladie.
– Une scie (2) et un sécateur (3) pour couper les sujets de diamètre important et éventuellement une serpette (4) pour rafraîchir cette coupe (cela peut être fait au greffoir si le diamètre n’est pas trop important).
- Des liens extensibles pour maintenir fermement le greffon sur le porte-greffe tout en permettant le grossissement de l’arbre.
– Du mastic à froid (type Lac balsam) pour rendre la greffe étanche et éviter ainsi le dessèchement des tissus.

Prélèvement des greffons, période de la greffe en couronne
Les greffons sont choisis pour les fruits qu’ils produiront (cf. fiche technique n°14 : Principe de la greffe). La greffe en couronne ne pourra se réaliser que lorsque le porte-greffe sera suffisamment en sève. Son écorce doit se décoller sans difficulté. A ce moment-là, ses bourgeons commenceront à s’ouvrir (pas avant le 15 mars). On peut pratiquer cette greffe tout le mois d’avril tant que les greffons sont en dormance.
En effet, il est nécessaire que le greffon n’ait pas démarré au risque qu’il se dessèche. Il est donc utile de prélever en avance le greffon et de le stocker dans des conditions qui retardent au maximum son débourrement. Ainsi, il faut prélever les greffons au coeur de l’hiver (de janvier à la mi-février), choisir de belles pousses de l’année (de la taille d’un crayon de papier environ) et les stocker enroulés dans un torchon humide, étiquetés et enfermés hermétiquement dans un sac plastique opaque (sac poubelle par exemple). Ce sac sera ensuite conservé à l’horizontale dans le bac à légumes du réfrigérateur.
Technique
1. Préparation du porte-greffe
Nous allons scier le porte-greffe à la hauteur souhaitée, sur un tronçon non ramifié et, si possible, en conservant un tire-sève (branche plus basse qui stimulera l’activité de la sève à proximité de la greffe). Nous pouvons, à l’aide du greffoir ou d’une serpette, rafraîchir la zone sciée.

Si un tire-sève est présent, il est intéressant de le tailler pour freiner son développement et ainsi favoriser la pousse de nos greffons. Pour ce faire, il faut conserver des branches assez horizontales et tailler les plus verticales. Après un an ou en cours de saison, il faudra veiller à supprimer toutes les branches qui se développent sur le porte-greffe.
2. Préparation des greffons
Un des intérêts de la greffe en couronne est qu’il est possible de mettre 3-4 greffons sur notre porte-greffe (contrairement à la greffe en fente par exemple qui ne peut en compter que deux au maximum). Chaque greffon devra se situer à 5 centimètres environ de son voisin.
Il est possible de mettre des greffons de différentes variétés. Dans ce cas, il est important de choisir des variétés d’égale vigueur pour que l’arbre ne se trouve pas déséquilibré plus tard.
Comme pour toutes les techniques de greffe, nous allons chercher à mettre en contact les tissus du cambium du greffon et du porte-greffe. Sur le porte-greffe en sève, l’écorce se décolle facilement au niveau du cambium. Le tissu se trouvera donc de part et d’autre du décollement.
Sur le greffon en dormance, le cambium se trouve entre le liber et l’aubier, il faut donc tailler dans le bois pour atteindre ce tissu. A l’aide d’un greffoir, nous allons donc procéder à une grande entaille (3 à 4 cm) avec un épaulement sur la partie supérieure qui servira de butée contre le porte-greffe. Le biseau doit être parfaitement plat pour assurer un contact optimal entre les zones génératrices du greffon et du porte-greffe.
À l’opposé de cette entaille, nous allons ôter, sur 1/3 de la longueur environ, l’écorce du greffon afin qu’elle ne se retrousse pas au moment de l’insérer et qu’elle permette une zone de contact des cambium du côté de l’écorce.

Selon la taille et la vigueur du porte-greffe, nous pourrons conserver 3 à 5 bourgeons sur la partie supérieure du greffon.
3. Installation des greffons
Quand notre greffon est prêt, nous allons réaliser une fente longitudinale dans l’écorce du porte-greffe. La longueur de cette fente doit être légèrement inférieure à celle de la grande entaille du greffon.
On décollera ensuite légèrement l’écorce située à droite de la fente. On peut alors glisser notre greffon au niveau de la partie décollée et le pousser jusqu’à ce que l’épaulement entre en contact avec le porte-greffe. Au début, l’écorce est déjà décollée ; en poussant, c’est le greffon qui fait sa place dans le porte-greffe.
On opère de la même manière pour chaque greffon à installer.

4. La ligature
La ligature doit permettre un contact optimum entre le greffon et le porte-greffe. Si vous avez bien toujours levé le côté droit de l’écorce du porte-greffe, il faudra ligaturer (vu d’en haut) en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre.
Il est possible de prendre des flexibandes (bandes de caoutchouc), du buddytape (sorte de bande extensible) mais il s’avère que le scotch de masquage de peinture fonctionne très bien. Il est peu coûteux et, comme c’est un adhésif, il est très facile à mettre en oeuvre (pas de noeud à réaliser).
Quel que soit le modèle, il est important de bien tendre la ligature au moment de la pose.

5. Le mastic
Soyez généreux au moment d’étaler le mastic. Il ne doit pas rester de zone sans écorce visible. Il faut donc prendre soin d’appliquer du mastic sur la partie coupée à la scie, à la jonction du porte-greffe et du greffon (sauf si la ligature est étanche) et à l’extrémité de chaque greffon qui a été coupé au sécateur.
6. Une protection contre les oiseaux
Le porte-greffe étant déjà enraciné, la pousse des greffons peut être très importante dès la première année. La cicatrisation de la greffe n’en reste pas moins fragile.
Il est toujours très décevant de constater que le greffon poussant a cassé lorsqu’un oiseau est venu se percher à son extrémité. Pour éviter cet écueil, il est conseillé d’installer une protection avec un morceau d’osier par exemple.

Se donner toutes les chances de réussite…
Voici quelques conseils pour optimiser la bonne reprise des greffons :
- Arrosez le porte-greffe quelques jours avant de greffer pour qu’il soit bien en sève.
- Entraînez-vous sur des rameaux pour prendre le « coup de main ».
- Réalisez des coupes franches pour optimiser le contact des tissus.
- Travaillez vite, en dehors des heures les plus chaudes, et à l’abri du vent.
- Évitez de greffer avant une période de bise ou de froid.
- Utilisez des outils propres, tranchants et désinfectés à l’alcool fort ou à la flamme.
– Certains conseillent de greffer à la lune montante.
Les limites de la greffe en couronne
Si le diamètre de la coupe effectuée sur porte-greffe est très important, la plaie ne pourra pas se refermer.
Cela engendrera l’installation de champignons lignivores et l’apparition d’une cavité. A cet endroit, la cavité va entraîner une fragilité structurelle qui sera un jour fatale à l’arbre.
Ainsi, si le diamètre dépasse 5 cm, il n’est pas évident que la plaie se referme. Le bon développement des greffons va contribuer à refermer la plaie plus rapidement.
Par ailleurs, la conservation de trois ou quatre greffons pour constituer les futures charpentières de l’arbre entraîne également une fragilité. Un ancrage de toutes les charpentières, au même niveau sur le tronc, est préjudiciable pour l’arbre.

Pour éviter ces écueils, il est intéressant de réaliser plusieurs greffes en couronne sur des branches secondaires (charpentières ou sous-charpentières) de plus petit diamètre.
Si le diamètre du porte-greffe est faible, vous pouvez aussi ne garder qu’un greffon.


Vous saurez que votre greffe a réussi lorsque le scion portera de belles feuilles bien développées (le débourrement peut se faire sur les réserves du greffon avant qu’il ne sèche). Au cours de la première année, limitez par la taille le développement des tire-sèves (ils ne doivent pas entrer en concurrence avec les greffons). Vous pourrez les supprimer entièrement la deuxième année et former votre arbre.
Pour aller plus loin…
Ouvrages
– J’apprends à greffer mes arbres fruitiers – Alain Pontoppidan (Ed.Terre Vivante)
– Le greffage et la plantation des arbres fruitiers : Les techniques les plus actuelles – Evelyne LETERME (Ed. du Rouergue)
Conseils à la FRIJ (CH), Vergers Vivants (F)

