La maladie criblée

Par Daniel ÉTALON, Croqueur de Pommes Franche-Comté Nord
lundi 27 juin 2011
par  Arnaud CHAILLET

1. Description des symptômes


Si, sur les feuilles de vos arbres fruitiers à noyaux (cerisiers, pruniers, abricotiers, pêchers …), vous constatez des taches rondes de couleur brune ou grisâtre au centre et auréolées de pourpre à la périphérie, vous pouvez suspecter une attaque de maladie cryptogamique (due à un champignon microscopique).

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Si, après quelques temps, les parties brunes ou grisâtres se nécrosent, se dessèchent et tombent pour donner naissance à des petits trous, vous pouvez diagnostiquer, sans trop de risque d’erreurs, la présence de la maladie criblée.
En cas de forte attaque, les trous sont si nombreux que les feuilles peuvent jaunir et chuter prématurément.

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La maladie commence par se développer sur les branches inférieures qui se dénudent, puis progresse vers le sommet de l’arbre. De plus, ce phénomène provoque un affaiblissement de l’arbre qui ne parvient plus à fabriquer des bourgeons sains pour l’année suivante (mauvaise induction florale et foliaire).

C’est sur les feuilles que les dégâts sont le plus visibles, mais la maladie criblée contamine également les fruits qui se couvrent de taches plus ou moins en relief pouvant laisser suinter des écoulements de gomme. Sur la cerise, la chair peut se dessécher complètement et provoquer la perte de la récolte.

Enfin, sur les rameaux non aoûtés (au stade herbacé, non lignifié), la maladie peut provoquer des lésions d’où s’écoule une sorte de gomme, plaies très propices à l’installation de chancres par la suite. Au pire, cela peut aller jusqu’au dessèchement et à la mort du rameau, voir de la branche entière.

De toutes façons, quelle que soit la partie atteinte (feuille, fruit, rameau) les fonctions essentielles de l’arbre (assimilation chlorophyllienne, fructification, circulation de la sève …) sont perturbées, ce qui est toujours préjudiciable.

2. Un peu de théorie


La maladie criblée est ainsi appelée à cause des nombreux petits trous qu’elle provoque sur les feuilles. Elle est aussi appelée corynéum car elle est due à un champignon microscopique nommé Stigmina carpophila par Léveillé* et Coryneum beijerinckii par Oudemans* (* deux scientifiques ayant travaillé entre autre sur les champignons).

Ce champignon hiverne dans les organes atteints l’année précédente (rameaux où il a formé des chancres, bourgeons, fruits momifiés). Il est capable de rester plusieurs années sans se développer, comme il est capable de se développer même en hiver, si les conditions climatiques lui sont favorables (température douce et forte humidité.)
Au printemps, les conidies (spores du corynéum) entraînées par les pluies, germent sur les fleurs, les feuilles et se développent en provoquant les dégâts décrits ci-dessus. Contrairement aux spores d’autres champignons, les conidies ne sont pas transportées par le vent. Elles ne sont véhiculées que par les précipitations, d’où l’importance des attaques les années pluvieuses.

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3.  3. Que faire ?


a) Préventivement

Implantation
Il ne faut pas planter les arbres trop serrés (cf. Fiche technique n°3). Il faut éviter aussi d’établir son verger dans des zones humides et préférer les emplacements ensoleillés et venteux.

Choix des variétés
Le fait que certaines variétés aient été épargnées une année dans un verger et ne l’étaient pas l’année suivante laisse à penser que cette résistance est plutôt due aux conditions climatiques qu’aux propriétés de la variété.
Selon les résultats de la recherche, aucune variété ne présente une résistance particulière à la maladie criblée, mais une certaine tolérance (espèce moins sensible aux attaques du champignon). Il existe de telle tolérance pour d’autres maladies comme la tavelure ou le feu bactérien.

Entretien
Lors de la taille, il faut brûler un maximum d’éléments susceptibles de contenir des spores de corynéum (fruits momifiés, chancres sur rameaux, branches sèches, feuilles mortes).
Ces résidus ne doivent surtout pas être compostés.
Une taille régulière, assurant une bonne aération de la ramure de l’arbre, permet un séchage plus rapide des feuilles et des branches après les pluies et les rosées matinales. Cela limitera le développement du champignon.

b) Traitements

Les traitements fongicides (contre les champignons) doivent être préventifs, c’est-à-dire que la matière active doit être présente au moment où les spores se déposent pour les empêcher de germer. Quand les premiers symptômes de la maladie apparaissent, c’est trop tard : le mycélium du champignon est déjà bien installé.

Quels produits utiliser ?
Les produits à base de cuivre, dont le plus connu est la bouillie bordelaise, sont les produits le plus souvent recommandés pour les amateurs. Ils sont admis en culture biologique. Pour information, signalons qu’il existe aussi des fongicides de synthèse, mais nous ne recommandons pas ce genre de produits pour les vergers familiaux.

Quand traiter ?
En automne, à la chute des feuilles et au printemps, au débourrement des bourgeons. Ces traitements aux sels de cuivre seront aussi efficaces contre les autres maladies cryptogamiques comme la tavelure, la cloque, ou la moniliose.

Avertissement
Avant de traiter, il est primordial de respecter les préconisations du fabricant indiquées sur l’emballage ou la notice d’utilisation du produit. Selon les marques, les concentrations peuvent être différentes et si la préparation est trop ou pas assez concentrée, le traitement peut avoir des effets indésirables ou pas d’effet du tout.
Les feuilles de nos arbres fruitiers ne supportent pas toutes les sels de cuivre de façon identique. Après le débourrement des bourgeons, il faut donc être prudent et là aussi, bien lire la notice. D’où l’importance de toujours garder les produits phytosanitaires dans leur emballage d’origine.
Le soufre est un fongicide souvent conseillé pendant la période estivale quand le cuivre présente des risques de toxicité sur le feuillage des plantes.


La maladie criblée est souvent présente dans les arbres à noyaux, mais si elle se limite à ne détruire que quelques feuilles ou quelques fruits dans des situations qui ne lui sont pas favorables (années sèches, ramures bien aérées, coteaux ensoleillés …), il n’y a pas lieu de s’inquiéter. D’autant plus que si l’on agit déjà contre la cloque ou la tavelure, ces actions auront un effet également sur le corynéum.
Par contre, si les attaques de maladie criblée reviennent chaque année avec beaucoup de virulence, il est nécessaire d’appliquer plusieurs années de suite (car les spores sont résistantes) les conseils préconisés ci-dessus.


  • Pour en savoir plus...
_ Ouvrages consultables à Vergers Vivants (F) ou à la Fondation Rurale Interjurassienne (CH) :
- Le pré-verger pour une agriculture durable - F. Coulon, P. Pointereau, I. Meiffren (Ed. Solagro)
- Arboriculture fruitière moderne - A. Lugeon (Ed.Payot Lausanne)
- Le cerisier - J. Lichou, M. Edin, C. Tronel (Isbn : 2-9002-79-x)

_ Sites Internet :
- http://e-phy.agriculture.gouv.fr
- www.agrometeo.ch

_ Conseils à la FRIJ et Vergers Vivants (F)

_



Crédits photos : Croqueurs de Pommes, Fondation Rural Interjurassienne.


Réalisé dans le cadre du Programme de coopération territoriale européenne INTERREG IV France-Suisse 2007-2013

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Documents joints

Fiche technique : la maladie criblée
Fiche technique : la maladie criblée

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