Le choix des variétés fruitières

Manuel Chalverat (Fondation Rurale Interjurassienne), Croqueurs de Pommes
lundi 22 novembre 2010
par  Arnaud CHAILLET

Le choix des espèces et des porte-greffes est intimement lié au choix du terrain, celui des variétés est généralement axé sur la qualité gustative et de l’usage du fruits. D’autres facteurs sont néanmoins à prendre en compte pour obtenir des fruits de qualité que l’on pourra déguster chaque année et jusqu’au printemps. La volonté de préservation des variétés anciennes et de l’environnement peut aussi constituer un critère déterminant dans votre choix.

Les facteurs intervenants dans le choix des variétés :

1. Le type de sol

De manière générale, toutes les espèces fruitières apprécient les sols profonds, drainants, aérés, perméables, fertiles et possédant un bon pouvoir de rétention d’eau. Cependant il existe des exceptions, c’est pourquoi il est utile d’adapter le porte-greffe au type de sol. De cette manière il est possible de greffer et de planter des variétés qui ne pousseraient pas naturellement dans une région donnée. Le porte-greffe franc est généralement utilisé pour la multiplication des arbres fruitiers à haute-tige, mais certaines variétés sont trop ou trop peu vigoureuses pour le « franc » et il est parfois nécessaire d’adapter le porte-greffe à la variété.

2.  La destination des fruits et la qualité des produits

Le choix des variétés dépend en particulier du type d’utilisation futur des fruits (pomme de table, jus, cidre, eau de vie…), de leur mode de production (production à la fermie, bio…) et de commercialisation (vente directe…). En cas de commercialisation des fruits, le choix des variétés dépend également de la demande de la clientèle, du potentiel de valorisation ou de la diversification de l’offre (nouveaux produits). Notons que chaque variété, notamment les plus récentes, font l’objet de descriptifs précis quant à leurs qualités : taux de sucre, acidité, fermeté, etc.
Exemple de pommes bien adaptées à certains usages :
Jacques-Lebel en fruits séchés, Trouvée de Desandans ou Boscoop pour la cuisson, etc.

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3.  Les exigences climatiques

Les arbres fruitiers ont besoin d’un nombre de jours minimum pour amener leurs fruits à maturité. La durée de la période de végétation n’est pas la même selon les variétés et la région dans laquelle est implanté le verger. Il est donc indispensable de choisir les espèces fruitières susceptibles de supporter les conditions climatiques propres à chaque situation (date des derniers gels de printemps et des premiers gels d’automne).

4.  L’époque de floraison des variétés

Dans les régions propices aux gels de printemps, les variétés à floraison tardive (ex. Reinette de Savoie, Belle fille de Salins) ou mi-tardive sont privilégiées. Attention à ne pas confondre précocité de floraison et précocité de maturité.

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5.  La pollinisation croisée des variétés

La majorité des arbres fruitiers sont autostériles, c’est-à-dire que leurs fleurs ne peuvent pas être pollinisées par leur propre pollen mais ont besoin du pollen d’autres variétés. Lors de la constitution du verger, il est par conséquent important de vérifier que les variétés choisies aient des floraisons synchronisées et des pollens compatibles. Une grande diversité variétale dans le verger garantit une bonne pollinisation. Le choix de variétés anciennes est très intéressant de ce point de vue, car ce sont souvent de très bonnes pollinisatrices et leur plantation participe à la préservation du patrimoine fruitier régional. La présence de ruches au verger est très favorable.

6.  L’intensité de l’alternance

Qu’est-ce que l’alternance ? Il s’agit de la tendance naturelle des arbres fruitiers à ne produire qu’une année sur deux, voire une année sur trois ou quatre (ex. Pomme bohnapfel, Trouvée de Desandans). C’est un phénomène naturel qui intervient suite aux années de grande production de fruits (surtout chez le Pommier). C’est en quelque sorte la manière pour les arbres de « récupérer ». L’alternance est plus ou moins importante selon les variétés. Il existe des variétés pratiquement non alternantes (ex. Violette de Montébliard, Winter banana), en particulier les variétés récentes. L’alternance peut être réduite notamment par une taille régulière et adaptée à la vigueur des arbres ainsi que par la pratique de l’éclaircissage manuel, en particulier dans les variétés de fruits à pépins.

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7.  L’échelonnement de la récolte

Plus le verger comprend de variétés différentes, plus il est possible d’étaler la période de récolte, qui est gourmande en main d’œuvre. Les variétés tardives de fruits à pépins se conservent plus longtemps (hiver jusqu’au printemps) que les variétés précoces (quelques semaines).

8.  Échelonnement de la période de consommation.

En choisissant intelligemment ses variétés, il est possible de profiter de fruits toute l’année. On pourra déguster une poire de Trévoux dès sa cueillette, et apprécier une Comtesse de Paris jusqu’au mois de janvier.

9.  Les résistances aux ravageurs et maladies cryptogamiques

L’arbre haute tige est plus rustique et s’adapte mieux aux conditions difficiles, mais cette résistance varie selon les variétés. Les conditions locales peuvent favoriser certaines maladies (tavelure, moniliose…) et ravageurs (mouche de la cerise, carpocapse…), il est donc nécessaire d’en tenir compte lors du choix des variétés. Actuellement, plusieurs variétés de pommes résistantes ou tolérantes à la tavelure sont disponibles (Ex. de variétés anciennes : Rayotte de Nommay, Violette de Montbéliard, Boroillotte, etc. Ex. de variétés moderne : Topaz, Florina, Ariwa, etc.) La recherche expérimente de nouvelles variétés cumulant les résistances (tavelure, oïdium, feu bactérien, puceron cendré) pour diminuer les coûts, la nocivité et la fréquence des traitements sanitaires.

10.  La vigueur et le port de la variété

Il existe des variétés dont le port est érigé (ex. pommier Gravenstein), et d’autres à port plutôt retombant (ex. pommier Jonathan). Ceci peut amener des différences importantes dans le diamètre de la couronne de branches. Il est nécessaire d’en tenir compte lors de la planification de la plantation.

11.  La conservation des variétés anciennes

Les programmes d’amélioration génétique s’appuient notamment sur les variétés anciennes ; ils ont pour but la création de variétés plus résistantes aux parasites et mieux adaptées aux contraintes de production.
La mise en place de programmes de préservation des prés vergers, la création de vergers conservatoire, les actions des associations jouent un rôle capital dans la conservation de ce patrimoine génétique.
Le public retrouve peu à peu les saveurs et les arômes des variétés anciennes et locales. Cette diversité permet de répondre aux multiples usages possibles. Choisir une variété rare, c’est participer activement à la préservation de ce patrimoine génétique local.


Vous souhaitez planter une espèce fruitière et hésitez dans le choix de la variété, demandez conseil auprès d’une association de préservation des variétés (Croqueurs de Pommes en France, Rétropomme et ProSpecieRara en Suisse) ou auprès de pépiniéristes fruitiers.


  • Pour en savoir plus...
_ Ouvrages consultables à Vergers Vivants (F) ou à la Fondation Rurale Interjurassienne (CH) :
- Le pré-verger pour une agriculture durable - F. Coulon, P. Pointereau, I. Meiffren (Ed. Solagro)
- Patrimoine fruitier de Franche-Comté
- Recueil de fiches variétales des Croqueurs de Pommes

_ Sites Internet :
- www.retropomme.ch
- www.croqueurs-de-pommes.asso.fr
- www.arboretum.ch
- www.prospecierara.ch

_ Conseils de la FRIJ (CH) et de Vergers Vivants (F)

_



Crédits photos : Georges Gueutal (Croqueurs de Pommes) et Fondation Rural Interjurassienne.


Réalisé dans le cadre du Programme de coopération territoriale européenne INTERREG IV France-Suisse 2007-2013

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